Aux yeux d’un nombre croissant d’universitaires, les racines du mal se trouvent en grande partie dans le fait que si le niveau des compétences acquises par nombre des lycéens à l’issue de l’enseignement secondaire leur suffit pour parvenir à se doter du baccalauréat, il n’est pour beaucoup pas à la hauteur des exigences de l’enseignement supérieur.

Parcoursup : un "cheval de Troie" au service de l'extension de la sélection à l'entrée des universités

Publiée le 28 octobre 2022 dans la catégorie Scolarité et orientations

Un article de Bruno MAGLIULO.


Traditionnellement, et fort logiquement, l’évaluation des acquis des lycéens parvenus en fin de leurs études secondaires repose principalement sur des bilans élaborés par les enseignants et personnels de direction du second degré. Cependant, depuis quelques années, on assiste en ce domaine à une sorte de transfert de responsabilité de l’enseignement secondaire vers l’enseignement supérieur. D’abord engagé lentement, ce processus s’est accéléré ces dernières années avec l’invention des plateformes télématiques de pré-inscription en première année de l’enseignement supérieur, et tout particulièrement de celle qui est en activité au moment de la rédaction de cet article : Parcoursup. 
 

Cet outil télématique sophistiqué de régulation des flux d’entrée des lycéens dans l’enseignement supérieur est une sorte de « cheval  de Troie » au service de celles et ceux qui appellent de leurs vœux l’extension des procédures de sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur, et pour y parvenir, sont favorables à une prise progressive du pouvoir d’évaluation des  lycéens  en fin de leurs années second degré.



1 - L’époque du pouvoir quasi absolu des professeurs de l’enseignement secondaire  en matière d’évaluation des lycéens :

C’est par le décret impérial du 17 mars 1808 que  Napoléon 1er créa le baccalauréat moderne. De très haut niveau, ce diplôme fut, dès son origine, nanti du statut de « premier grade universitaire », ce qui procure un droit accès automatique aux études supérieures universitaires à celles et ceux qui parviennent à s’en doter. Ce statut de « premier grade universitaire » - qui perdure aujourd’hui - explique que, pendant fort longtemps, les jurys ne furent composés que de membres de l’université. Il fallut attendre le milieu du XIXème siècle pour que, du fait de l’expansion du nombre des candidats, il devint nécessaire de faire appel à des examinateurs enseignant en lycée. Dès lors, on assista progressivement à une sorte de « secondarisation » des jurys du baccalauréat, et donc des modalités d’évaluation des lycéens qui s‘y présentent. C’est ainsi que les professeurs de lycée, qui avaient déjà le monopole de l’évaluation interne de leurs élèves, se virent progressivement confier l’évaluation externe finale qui est celle donnant lieu à l’octroi du baccalauréat. Ce fut une époque où le pouvoir d’évaluation des lycéens était donc quasi intégralement confié aux enseignants des lycées.

Tout au long de son premier siècle d’existence, le baccalauréat moderne connut une indéniable expansion maîtrisée : jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, en France, la part des bacheliers dans une tranche d’âge se maintint en dessous de 2%. Ce n’est qu’en 1920 que fut franchie la barre des 10000 reçus sur une session de cet examen. Réussir cet examen était alors un signe d’excellence qui se suffisait à lui-même pour être jugé digne de faire ensuite des études supérieures. Autrement dit, les professeurs et responsables des divers établissements d’enseignement supérieur faisaient largement confiance en la capacité des enseignants des lycées à ne leur fournir qu’une minorité de bons et très bons élèves, formés en lycée selon la logique de ce qu’on appelait alors « la méritocratie républicaine » : feront partie des futures « élites » dont le pays a grand besoin, celles et ceux qui, après des études secondaires puis supérieures bien réussies, auront été jugé dignes d’accéder aux plus hautes fonctions.

Seul cas particulier n’obéissant pas à ces principes : celui d’une poignée d’ « écoles spéciales » (les ancêtres de nos actuelles « grandes écoles »). Inventées sous l’ancien Régime dans le but de pourvoir le pays en professionnels de haut niveau, elles se spécialisèrent d’abord dans la formation des ingénieurs, bientôt suivies par les première « écoles spéciales de commerce » et d’autres comme les Ecoles normales supérieures, l’Institut des sciences politiques … Dès leur création, ces « écoles spéciales » fixèrent comme règle d’accès en leur sein la réussite à un concours organisé par leurs soins et évalué par un jury comptant presque exclusivement des professeurs et responsables de ces diverses écoles professionnelles. C’était indéniablement une entaille à l’encontre du quasi-monopole dont jouissaient les professeurs de lycée en matière  d’évaluation des lycéens candidats en vue de s’y faire admettre. Cependant, le nombre de ces écoles professionnelles supérieures demeura longtemps peu important (64 à la veille de la Première Guerre Mondiale), et ne concerna qu’une très petite minorité des lycéens désireux de faire des études supérieures, si bien que l’on peut considérer que cette exception ne remettait guère en cause le pouvoir quasi monopolistique des enseignants de lycée en matière d’évaluation des lycéens.

 

2 - « Trop de bacheliers tue le baccalauréat » :

A compter de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le nombre des baccalauréats délivrés chaque année ne cessa pas de croître, passant de 30000 en 1948 à 61000 en 1960, 190000 en 1980, 500000 en 2000, et 665000 en 2022. Dans le même temps, la part d‘une tranche d’âge parvenant à se doter de ce diplôme (ou d’un équivalent), qui n’était que de 5% en 1946, passa progressivement à 85% en 2022. Autre indicateur significatif de la perte de valeur individuelle du baccalauréat : alors que les mentions bien (octroyées aux bacheliers obtenant ce diplôme avec entre 14 et 16/20 de moyenne) et très bien (qu’obtiennent les bacheliers ayant réussi avec plus de 16/20 de moyenne) ne furent délivrées qu’à moins de 5% des bacheliers de 1967,  ce chiffre est passé à 29% en 2022 (9% de mentions très-bien et 20% de mentions bien).

Il convient aussi de prendre en compte le fait qu’aux deux baccalauréats des origines (« es lettres » et « es sciences ») s’ajoutèrent progressivement de nouveaux baccalauréats généraux, technologiques et professionnels, si bien qu’il en existe aujourd’hui plus de cent, d’inégale valeur aux yeux des familles… mais aussi aux yeux des jurys qui organisent la régulation des flux d’entrée dans l’enseignement supérieur, notamment à l’entrée des formations sélectives. Enfin, notons qu’alors que, jusqu’en 1962, le baccalauréat se délivra en deux sessions distinctes (en fin d’année de première, puis de terminale), garantissant le bon niveau des élèves admis à passer en classe terminale puisque le passage de première en terminale était conditionné à la réussite à la première partie de cet examen, il fut décidé que le passage en classe terminale serait désormais indépendant des résultats obtenus aux « épreuves anticipées » passées en fin de première, limitées à un tout petit nombre de disciplines.

Ces évolutions se rejoignent pour conduire un nombre croissant de personnes à considérer qu’on est progressivement entré dans un processus de dégradation de la valeur individuelle du baccalauréat. C’est tout particulièrement ce que pensent de plus en plus d’enseignants et de responsables de formations supérieures, qui en appellent pour certains à ce que le droit originel de tout bachelier à entrer automatiquement dans l’enseignement supérieur soit supprimé, de plus en plus de bacheliers n’étant pas porteurs des « prérequis » qui permettent d’escompter leur réussisse. A cet égard, on constate que depuis fort longtemps,  un tiers seulement des étudiants des diverses premières années du premier cycle licence non sélective (les L1) sont admis en deuxième année (L2). Comme  le déclare un ancien Président de la Conférence des présidents d’université  (CPU) qui a accepté de commenter cette situation sous couvert de son anonymat : « le fait que la plupart des enseignants de l’enseignement secondaire et  des équipes de direction, aient  baissé les bras en matière de maintien d’un haut niveau d’exigence, nous oblige à faire en L1, le travail de tri permettant de ne retenir que des étudiants porteurs des pré requis nécessaires à leur réussite. C’est ainsi que nos étudiants de L1 ne sont que de l’ordre d’un tiers  à passer en L2, et moins de un sur deux à parvenir à se doter d’une licence complète». C’est là un inacceptable gâchis. Il faut que cela cesse ! »

Aux yeux d’un nombre croissant d’universitaires, les racines du mal se trouvent en grande partie dans le fait que si le niveau des compétences acquises par nombre des lycéens à l’issue de l’enseignement secondaire leur suffit pour parvenir à se doter du baccalauréat, il n’est pour beaucoup pas à la hauteur des exigences de l’enseignement supérieur. Or, réussir à se doter du baccalauréat c’est bénéficier du droit d’entrer dans l’enseignement supérieur, conformément à  l’article L-612-3-1 du code de l’Education que dit que « le premier cycle (des études supérieures) est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat et à ceux qui ont obtenu l’équivalence»). Il y a là une ambivalence que le sociologue Stéphane BEAUD a bien mise en lumière dans un ouvrage publié en 2002 aux éditions La Découverte, sous le titre « 80% au bac … et après ? ». Il y montre que tout au long des années d’après Seconde Guerre Mondiale, un consensus politique a engagé le pays dans une sorte de marche forcée vers le « 80% d’une tranche d’âge au niveau baccalauréat », supposée pouvoir nourrir l’espérance d’une démocratisation scolaire par l’accès de tous ou presque à ce diplôme. Cependant, pour beaucoup de jeunes, en particulier celles et ceux qui sont membres des catégories sociales les moins favorisées, cette politique s’est accompagnée de contreparties découlant de la perte progressive de valeur du « capital scolaire » ainsi acquis, entraînant pour beaucoup un échec universitaire, accompagné d’un coût moral et psychologique important.

Aux yeux de  Stéphane BEAUD cette ambivalence s’explique. Il écrit qu’au terme de son étude sociologique, il ne peut que constater que « grâce à la « souplesse » ou à la générosité de l’institution scolaire (en matière d’évaluation), les « enfants de la démocratisation scolaire » ont pu mener dans l’enseignement secondaire des carrières scolaires qui étaient souvent pour eux « inespérées ». Passant régulièrement en classe supérieure sans fournir d’efforts particuliers, se contentant de fournir le minimum en matière de travail scolaire (…), ils se sont « débrouillés » dans le système d’enseignement secondaire, profitant notamment des faiblesses de l’institution en continuant vaille que vaille leur bonhomme de chemin scolaire ». Cela a créé une sorte d’ « illusion nourrie par le laisser faire de l’institution scolaire ». Et comme l’enseignement supérieur ne s’est pas inscrit dans la logique évaluative permissive qui règne désormais dans le second degré, on assiste à un « retour de bâton (…) :  le  principe de réalité s’est imposé sous la forme de verdicts scolaires négatifs à l’université où les échecs sont importants ».

Soucieux de ne pas en rester là, on a assisté à une prise en mains progressive par « les gens du supérieur » des modalités d’évaluation certificative des élèves parvenus en fin des années lycées. Il s’agit d’un véritable transfert de responsabilité  vers les responsables et enseignants de l’enseignement supérieur. A cet égard, on  a assisté à un double mouvement de reprise en mains de l’évaluation des lycéens par les professeurs et responsables de l’enseignement supérieur. On a d’abord recouru à une forte expansion du domaine des formations supérieures autorisées à sélectionner leurs étudiants à l’entrée. Plus récemment, ce fut l’introduction de plateformes télématiques (Parcoursup aujourd’hui) en tant que moyen de « réguler les flux de candidats à l’entrée en la première année de l’enseignement supérieur ». 

 

3 - L’extension progressive des procédures de sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur :

L’article 613-1 du Code de l’Education précédemment cité comporte un point VI qui dit qu’ « une sélection peut être opérée (…) pour l’accès aux sections de techniciens supérieures (préparatoires aux divers BTS), instituts, écoles et préparations à celle-ci (…), aux « grands établissements » (instituts d’études politiques, université Paris-Dauphine, Centre national des arts et métiers …), et tous établissements où l’admission est subordonnée à un concours national (…), ainsi que pour l’accès aux formations de l’enseignement supérieur dispensées dans les lycées (classes préparatoires aux grandes écoles, cycles préparatoires au diplôme de comptabilité et de gestion …), aux diplômes d’études universitaires scientifiques et techniques (DEUST), aux formations préparant à la licence professionnelle et aux formations de l’enseignement supérieur conduisant à la délivrance d’un double diplôme ». 

Le droit automatique d’accès de tout bachelier à l’enseignement supérieur est donc accompagné d’importantes limites, liées à l’existence d’un important secteur de formations sélectives, existant à côté d’un autre secteur, dit « non sélectif », principalement composé des premiers cycles universitaires  nommés « licences simples » (mathématiques, sociologie, italien, etc.). C’est ce qui conduit à qualifier le système français d’enseignement supérieur de « système dual ».

Jusqu’à la fin du XXe siècle, le secteur sélectif était limité aux grandes écoles et écoles spécialisées, aux classes préparatoires, aux cycles préparatoires aux DEUST, au DCG, ainsi qu’aux IUT, STS… représentant un total cumulé de l’ordre de 25% des places proposées aux bacheliers de l’année 2000. Les trois autres quarts de ces places concernaient des licences universitaires qui se montraient très respectueuses du droit d’accès automatique garanti à tout bachelier candidat. Cependant, petit à petit à compter du début du XXIe siècle, la part des places proposées pour l’admission en première année par les formations supérieures sélectives augmenta.

Ce fut d’abord provoqué par la multiplication des grandes écoles et écoles spécialisées à recrutement niveau baccalauréat, ainsi que des classes préparatoires.  Cela découla aussi de la grande vague de l’extension du nombre des formations aux BTS et DUT.  Plus récemment, ce fut l’émergence d’un nouveau format d’études supérieures professionnelles courtes venu des pays anglo-saxons : le « bachelor ». Enfin, ce fut l’invention, dans les universités, des « licences doubles » qui se multiplièrent à compter de 2010. Cette forte expansion, portée par la multiplication du nombre des bacheliers demandeurs de poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur, entraîna une forte augmentation de la part des bacheliers demandeurs d’une admission en première année de l’enseignement supérieur sélectif : d’après un récent rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale (« Analyse des vœux et affectation dans l’enseignement supérieur des bacheliers 2021 », Rapport N° 2022-004, publié en janvier 2022), 86% des bacheliers de 2021 ont exprimé sur Parcoursup une demande au moins d’admission dans une formation supérieure sélective, confiant ainsi aux enseignants du supérieur et aux responsables d’établissements supérieurs le soin de « revisiter » les évaluations exprimées en lycées et à l’issue des épreuves du baccalauréat. Il s’agit bien là d’une sorte de transfert de la charge d’évaluation des lycéens vers les responsables de l’enseignement supérieur.

 

4 - Comment, depuis sa création en 2018, Parcoursup à étendu le principe de sélection à l’entrée en première année des universités :

En 2022, plus d’un million de personnes ont exprimé sur le portail  Parcoursup une ou plusieurs candidatures en vue d’entrer en première année de l’enseignement supérieur français (parmi lesquelles 622000 nouveaux bacheliers issus des lycées français). Créée en 2018, cette plateforme est venue remplacer « Admission postbac » (APB) qui, depuis une dizaine d’années, remplissait cette mission de régulation des flux d’entée en première année de l’enseignement supérieur. Or, cette dernière avait été progressivement confrontée à un important problème qui découlait de la forte croissance des candidats exprimant le vœu d’être admis en première année de diverses filières universitaires officiellement non sélectives (les « licences simples »). Du fait que, d’année en année, un nombre croissant de ces « licences simples » virent leurs capacités d’accueil devenir insuffisantes pour pourvoir accueillir correctement l’ensemble des candidats,  on vit se multiplier les cas pour lesquels ces « licences en tension » (comme on les nomme pudiquement) décidèrent de recourir à des tirages au sort pour désigner les heureux élus, laissant sur le bord du chemin des milliers de candidats d’autant plus désemparés qu’officiellement, il s’agit de formations non sélectives. Ce phénomène concerna d’abord les licences de droit, psychologie, santé et « sciences et techniques des activités physiques et sportives » (STAPS). Très vite cependant, il atteint d’autres « licences simples ».

Condamnée de toutes parts, cette pratique du tirage au sort obligea à mettre en place une nouvelle plateforme télématique n’autorisant plus ce genre de pratique. C’est ainsi que fut créée la plateforme Parcoursup, qui officialisa les pratiques de « régulation des flux d’entrée » en première année de ces « licences en tension», mais aussi de toutes les autres « licences simples », y compris celles qui ne sont pas « en tension ». C’était bien évidemment ouvrir la porte à une extension des pratiques de sélection à l’entrée des universités qui, de ce fait, se sont généralisées, confirmant la « main mise » par le supérieur sur l’évaluation des candidat(e)s issu(e)s des lycées, mais aussi des autres catégories de candidat(e)s (étudiants demandeurs d’une réorientation au terme d’un échec en première année, actifs demandant à reprendre des études en première année de l’enseignement supérieur, bacheliers originaires de pays étrangers (hors lycées français de l’étranger), candidats aux diverses formations supérieures par l’apprentissage).

C’est ainsi que, suite à la « loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants » (loi « ORE ») du 8 mars 2018 (loi N° 2018-166), fut introduit dans le Code de l’Education un article nouveau (article 613-1-IV) qui stipule que « (…) lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation, les inscriptions sont prononcées par le président ou le directeur de l’établissement dans la limite des capacités d’accueil, au regard de la cohérence entre, d’une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation antérieure et ses compétences, et d’autre part, les caractéristiques de la formation » dans laquelle on demande à être admis.

Quant aux licences qui ne sont pas « en tension », leurs responsables peuvent classer les candidats et les répartir entre le groupe de celles et ceux à qui il sera très probablement répondu « OUI », et celles et ceux dont le dossier Parcoursup révèle des fragilités telles qu’ils ne sont admis qu’à la condition qu’ils « participent aux dispositifs d’accompagnement mis en place (…) pour garantir l’égalité des chances» (réponses « OUI MAIS »).

Ainsi s’explique que Parcoursup aboutisse à classer l’ensemble des candidat(e)s à l’admission dans une formation, que celle-ci soit officiellement sélective ou pas. Il y a donc bien eu généralisation des pratiques de sélection, ce qui revient à dire d’une part qu’avoir réussi le baccalauréat ne garantit plus un accès à l’enseignement supérieur, et d’autre part qu’il appartient désormais aux « commissions d’examen des vœux » (jurys), composées de gens qui exercent leurs divers métiers (enseignants, formateurs, responsables d’établissements de formation, professionnels…) en aval du baccalauréat, d’évaluer la « valeur » de chaque lycéen candidat, indépendamment ou en complément du travail d’évaluation dont ils ont fait l’objet durant leurs années lycée, et à l’occasion des diverses épreuves passées lors de l’examen du baccalauréat.

 

Conclusion :

En créant le portail Parcoursup, la « loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants » du 8 mars 2018 a indéniablement amplifié le phénomène ancien de main mise progressive de l’enseignement supérieur sur les modes d’évaluation des lycéens, et ce au détriment des évaluateurs de l’enseignement secondaire.

Ce faisant, cette loi, et la mise en œuvre de la plateforme Parcoursup, ont donné du grain à moudre à celles et ceux qui, dans le second degré, ont considéré qu’il fallait en finir avec le modèle républicain d’un enseignement secondaire unique, le même pour tous. Cela a poussé nombre de familles à développer des stratégies d’évitement des « mauvais » collèges et lycées, mais aussi des « mauvaises » filières des lycées, ceux et celles qui accueillent majoritairement les enfants de la démocratisation de l’enseignement secondaire, accusés de jouer le jeu de la politique qui veut généraliser l’accès au baccalauréat, au détriment du niveau à atteindre pour passer ensuite dans les « bonnes » formations supérieures, et y réussir.
 

Toutefois, cette même loi a ouvert la porte à une autre façon de mieux préparer les bacheliers à réussir leurs études supérieures : c’est le volet « amélioration de l’efficacité de l’orientation ». En faisant de « l’accompagnement tout au long de la scolarité secondaire » une priorité (pour le moment non encore suivies de retombées positives suffisantes), cette loi a créé une sorte de pont entre l’enseignement secondaire et le supérieur. Elle a en particulier  transformé le sens de l’article 631-1 du Code de l’Education, qui dit toujours que le baccalauréat donne un droit d’accès aux études supérieures, et ce quel que soit le baccalauréat réussi et le niveau atteint en fin des années lycée par le candidat aux études supérieures, mais pas forcément celles de son choix ! Pour être clair, le « message » porté vers les familles et les équipes pédagogiques et administratives dans les établissements secondaires, est une sorte d’appel à la responsabilité de chacun au moment où se font les choix d’orientation. Concrètement, chaque formation supérieure étant contrainte de faire connaître sur Parcoursup (et par d’autres modes d’information) ce que sont les « attendus » ou pré requis (les conditions de la réussite), chacun doit s’efforcer de s’en inspirer avant d’élaborer sa liste de vœux d’orientation ou d’émettre ses avis en tant qu’évaluateur des lycéens en amont du baccalauréat. Comme le déclarait récemment le  Proviseur d’un lycée de la banlieue Lyonnaise, « ça ne peut plus être « à chacun selon son envie », en fonction d’une sorte de prééminence du principe de rêve. Il faut s’efforcer de conduire les familles  à choisir les études supérieures selon les capacités de réussite  de chacun, donc en fonction du principe de réalité. C’est un peu « rabat joie » que de présenter les choses ainsi, mais c’est selon moi la condition sans laquelle l’objectif de « réussite pour tous » demeurera une sorte de vœu pieu non suivi d’effet ».

 

Bruno MAGLIULO
Inspecteur d’académie honoraire
Agrégé de sciences économiques et sociales
Docteur en sociologie de l’Education
Diplômé de SKEMA business school
Auteur/Formateur/Conférencier
Auteur, dans la collection L’Etudiant de :
- SOS Parcoursup
- Parcoursup : 50 questions à vous poser absolument avant de choisir votre orientation
- Quelles études sont vraiment faites pour vous ?
- SOS Le nouveau lycée

A paraître, début novembre 2022 aux éditions Fabert :
- Les grandes écoles (la fabrique des meilleurs)

Nous suivre sur nos espaces sociaux

Un conseiller d’orientation FABERT vous contactera dans les plus brefs délais pour répondre à vos questions et, si vous le souhaitez, organiser un rendez-vous dans un Centre FABERT. Du lundi au samedi de 9h30 à 18h00.



En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et autres traceurs présents sur ce site dans le but de réaliser des statistiques de visitesEn savoir plusFermer