Carte d'identité
1878 ou 1879
Naissance de HenrykGoldszmit à Varsovie.
1895 à 1905
Etudes de médecine. Passion pour lapédagogie et l'enfance. Publications de pièces de théâtre et de roman sous le nom de Janusz Korczak.
1910
Direction d'un orphelinat pour enfants juifs.Construction d'un orphelinat modèle en 1912.
1919
Direction en parallèle, d'un orphelinat catholique.
1920 à 1936
Multiples activités conjointes : directeur de son orphelinat, mais aussi expert au tribunal, formateur pédagogique, écrivain et journliste à la radio.
1936 à 1942
Enfermement et lutte quotidienne pour la survie dans le ghetto de Varsovie pour les orphelins.
6 août 1942
Les 192 enfants et les 10 adultes de " La maison de l'orphelin " sont dirigés vers les wagons de la déportation et emmenés vers l'est. Ils seront tous exterminés à Treblinka.
Le respect de l'enfant
On connaît Korczak avant tout par son héroïsme lié au ghetto et au nazisme et il reste exemplaire dans sa défense et son amour des enfants. Israël en a fait un Juste. Si la question des droits de l’enfant fait aujourd’hui partie du paysage institutionnel mondial et sert de référent et d’exigence, Korczak y est bien pour quelque chose. Il ne s’agit pas de le considérer comme le père de la Convention internationale des droits de l’enfant. Ce serait absurde. Mais si cette convention a été placée sous son patronage, c’est bien qu’il a fortement contribué à imposer ce thème et à y sensibiliser les mentalités, ne serait-ce qu’en critiquant les insuffisances de la première charte de ce type au sein de la Société des Nations. Le 20 novembre 1989, à New-York, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait à l’unanimité la Convention internationale sur les droits de l’enfant. C’est bien sous la bannière de Janusz Korczak que cette Convention a été adoptée, comme si sa voix était enfin entendue à titre posthume.
Korczak est donc un Juste. Sa figure humaine éminente est indéniable. Mais on ne peut, justement, le réduire aux dernières années de sa vie et aux circonstances insoutenables qui les ont marquées. Nous le considérons ici avant tout comme un pédagogue et nous nous contenterons de souligner son attitude éducative.
Pour Korczak, les enfants sont avant tout une réalité à prendre en compte. Il le montre en étant attentif à leurs jeux. Sans oublier que les enfants forment une véritable société. Et il faut faire confiance à l’organisation sociale des enfants entre eux, plutôt que chercher à l’organiser ou à la contrarier. Korczak fait en quelque sorte de la psychologie sociale au quotidien en repérant et considérant les lois du groupe d’enfants. Ce qui suppose que l’on prenne en compte le vécu des enfants, au lieu de traiter d’enfantillages leurs histoires entre eux. La société des enfants a des règles qui supportent l’organisation et le contrôle. Il faut donc faire confiance à l’organisation sociale des enfants entre eux. Mais cette confiance n’est pas aveugle. Korczak insiste sur la nécessité d’apprendre les lois des groupes d’enfants. Il oppose les forces positives d’un groupe et les forces négatives. Si on ne les repère pas, l’éducateur risque de se retrouver sans comprendre face à un groupe hostile mené par un dictateur. Ne pas imposer un enfant à d’autres, ne pas sous-estimer les problèmes des enfants, ne pas faire comme si les inimitiés ne devaient pas exister, ne pas prendre les mots pour les actes, ne pas appliquer les règles comme des principes... Le partage et l’identification des responsabilités dans un groupe d’enfants sont à favoriser.
Korczak dénonce la condition du monde fait aux enfants : grisaille et étouffement par peur et protection d’un côté, ordres et interdictions par non-considération et pouvoir de l’autre. Les enfants ont une supériorité sur les adultes : ils sont plus vrais et sincères. Les questions incessantes et « ingénues» des enfants en témoignent en permanence. La vérité des enfants se donne à voir là en permanence. La psychologie de l’enfant exige richesse, patience, vérité, liberté. Mais, faute d’attention aux enfants, nous voulons résoudre les questions pour eux, sans les prendre en compte. En fait, Korczak présente toute une psychologie de l’enfant et de l’adolescent, mais son approche est très particulière, car, ce qu’il nous raconte, ce sont des histoires, des anecdotes, des faits. Cette écoute récuse notre incompréhension habituelle, nos plaisanteries, nos soupçons éternels ; elle se base sur le sérieux, la confiance, le conseil. Le médecin-éducateur est là pour nous aider à faire preuve de compréhension par ses mises en scène permanentes qui montrent la théorie sans la désigner comme telle. Nous sommes toujours en face d’une attitude éducative au quotidien.