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DES PEDAGOGUES > XVIIIe siècle >

Johann Bernhard BASEDOW (1723-1790)

 
Johann Bernhard BASEDOW
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Carte d'identité


1723
Naissance de Johannes Bernhard von Nordalbingen dit Basedow au sein d'une famille de condition modeste de Hambourg.
1746-1748
Etudes de théologie protestante à l'université de Leipzig. Basedow ambitionne de devenir pasteur, mais s'intéresse également à l'éducation. Après ses études, il devient précepteur dans une famille noble. Il y expérimente une méthode pédagogique inspirée de Comenius.
1752
Thèse latine, soutenue à l'université de Kiel, où il expose sa méthode. Nomination à l'Académie de Soroe au Danemark, institution destinée à l'éducation des jeunes nobles.
1768
Lancement du mouvement philanthropiniste en réaction à l'hostilité de l'orthodoxie luthérienne dont il fit l'objet.
1774
Fondation à Dessau du Philanthropinium, établissement destiné à expérimenter ses idées pédagogiques.
1790
Mort de Basedow à Magdebourg.

 
Théologien et philosophe

Photo de Johann Bernhard BasedowBasedow mérite certainement de figurer parmi les grands noms de la pédagogie, mais force est de constater qu’on ne l’évoque guère aujourd’hui dans les anthologies les plus récentes consacrées à la pensée pédagogique. D’ailleurs le XIXe siècle ne fut pas plus généreux à son égard. L’article que Michel Bréal lui consacre dans le fameux Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson, n’excède pas une colonne alors que, dans le même ouvrage, celui dédié à Pestalozzi (rédigé par James Guillaume) dépasse les soixante-dix pages ! Il faudra cependant faire une exception pour le livre qu’Auguste Pinloche consacra au mouvement philanthropiniste. Mais le portrait que le commentateur français dresse du pédagogue allemand reste très critique et, somme toute, peu flatteur. 

Pourtant Basedow eut, au cours de sa vie, son heure de gloire puisque, entre autres, il força pendant un temps l’admiration de Kant, qu’il inspira fortement la pédagogie d’Oberlin, et que, nolens volens, il influença Pestalozzi. Mais la renommée de Basedow fut également due à l’écho favorable que le personnage et ses entreprises rencontrèrent dans l’opinion publique européenne, notamment auprès des journalistes.

Notre fil conducteur sera ici l’aspect paradoxal de la doctrine de Basedow, pour autant que ce dernier apparaît comme étant à la fois novateur et ancré dans la tradition. Nous retiendrons trois aspects de sa pensée : Basedow théologien et philosophe, les principes éducatifs de sa doctrine, le Livre élémentaire et le Philanthropinum

Comme c’est le cas la plupart du temps à cette époque, la pensée éducative de Basedow s’est forgée au sein d’une réflexion de nature théologique et philosophique. Comme théologien, il se situe dans le sillage du luthéranisme du mathématicien Christian Wolff (1679-1754) et, comme philosophe, il en partage le rationalisme humaniste. Plus généralement, Basedow se rattache au mouvement des lumières allemandes (ou Aufklärung), en particulier au courant de la « philosophie populaire » (Popularphilosophie) qui prétendait diffuser les lumières au sein du peuple. C’est d’ailleurs sous l’influence de Wolff que Basedow publia sa Philosophie pratique pour toutes les conditions (1758).

 Par ailleurs, les thèses de Basedow émanent du philanthropinisme, courant de pensée partageant certains principes de l’Aufklärung comme le déisme et le cosmopolitisme. L'éducation devait « former des Européens, des citoyens du monde, et les préparer à une existence aussi utile et aussi heureuse que possible » (propos cité à l’article « Philanthropinisme », in F. Buisson, Dictionnaire de pédagogie). De plus, elle devait être interconfessionnelle, Basedow voulant la libérer de l'emprise de l'Église luthérienne. Ces principes se concrétisèrent par l’ouverture Philanthropinum à toutes les confessions.