Carte d'identité
1828
Naissance de Léon Tolstoï àIasnaia Poliana , propriété familiale près de la ville de Toula, à deuxcents kilomètres au sud de Moscou.
Tolstoï perd sa mère à 2 ans, son père à 9 ans.
Il fait des études non abouties à Kazan après avoir hérité du domaine familial.
Il rejoint l’armée du Caucase pendant 5 ans et c’est là qu’il commence à écrire.
1858 à 1862
Il entreprend d’éduquer le peuple, les serfs de son domaine, mais son école sera dévastée par une perquisition policière.
Par la suite,Tolstoï éduque ses propres enfants et accueille des petits paysans pour leur donner des leçons.
1872
Publication du “Syllabaire”, un ouvrage en quatre volumes
qui permet l’apprentissage de la lecture et propose une compilation de récits de difficulté croissante, collectés par Tolstoï dans le monde entier.
1878
Crise existentielle qui va durer plusieurs années, en lien avec la souffrance et la mort. Sa conception de l’éducation s’inscrira dans toute une philosophie de la vie.
1910
Tolstoï meurt le 7 novembre dans la petite gare d'Astapovo.
La théorie de l'expérience
Tolstoï s'est toujours opposé à tout ce qui pouvait lui paraître formel, hypocrite, ou non authentique. Il en est de la pédagogie comme des autres domaines de sa vie. C'est pourquoi, plutôt que de dépendre d'une théorie ou d'une méthode pré-établies, sa réflexion s'appuie avant tout sur l'expérience. Expérience qui tente d'ouvrir la voie d'une relation éducative basée sur le principe de liberté.
Enfance, adolescence, jeunesse
On trouve de manière récurrente dans l'oeuvre pédagogique de Tolstoï la question de savoir "ce qu'il faut enseigner, et comment". Cette question se pose à lui dès qu'il prend conscience de la nécessité d'éduquer le peuple, pour lui permettre d'accéder à la connaissance, de se libérer de la peur et de sortir de la passivité.
Il dénonce dans l’école de son temps son caractère formel, rigide, qu’il a connu à l'université de Kazan. Il refuse de se conformer à la mode pédagogique allemande, idolâtrée parce que venue de l'étranger, et démasque le caractère condescendant et autoritaire, quoique d'apparence généreuse, d'une volonté d'adaptation pour le peuple de méthodes ou de contenus utiles aux classes dirigeantes.
Il aura la même attitude critique à l'égard des écoles dites pestalozziennes ou froebeliennes visitées lors de ses voyages en Europe. Disciple de Rousseau, il éprouve a priori de la sympathie pour ces courants, mais il est révolté par ce qu'il observe : le même divorce entre l'école et la vie, une discipline rigide, voire brutale, et des méthodes "monstrueuses" car niant les principes qu'elles énoncent, de respect de la vie et des besoins de l'enfant.
Tolstoï réprouve également l'attitude des pédagogues (surtout allemands) , dont la foi aveugle en leurs méthodes a développé un dogmatisme tout aussi néfaste que celui des anciennes pédagogies, auxquelles ils prétendent pourtant s'opposer. Il les qualifiera de "pédants froids", dont l'attitude fermée, à l'origine d'une ambiance lourde et étouffante dans la classe, ruine tout dialogue.
Cette sensibilité, née d'une enfance douloureuse, fait que Tolstoï perçoit la réalité de ce que vivent et ressentent les enfants : il ne peut supporter de les voir s'ennuyer, souffrir, ou subir les lubies des adultes. La pédagogie n’a pas pour but de satisfaire le pédagogue, encore moins de répondre à des intérêts d'ordre politique, économique ou religieux. Elle ne doit pas partir d'une théorie, mais s'appuyer sur l'observation, l'écoute attentive des besoins des enfants, et en particulier ceux des enfants de paysans.
Ceux-ci ont besoin d'être instruits, mais sont surtout porteurs d'une "vérité", d'une authenticité et d'une sagesse nourrie de leur rapport à la nature. Comme Rousseau, Tolstoï croit que la nature est bonne, que l'enfant en est la plus pure expression, et que la pire influence est celle qui vient entraver le libre développement de la vie : "L'homme naît parfait. C'est le grand mot dit par Rousseau et cette parole restera vraie et ferme comme un roc." (Tolstoï, 1862). Il pense également que "tout dégénère entre les mains de l'homme" (Rousseau, 1762). Le contexte des sociétés modernes ( travail en usine et recherche du profit ou du luxe) favorise la dépravation de l'âme enfantine : ce mode de vie, qui a tendance à développer l'avidité et les instincts, n'offre d'autre but que l'intérêt personnel, au point que l'individu en arrive à ne plus se préoccuper des répercussions de ses actes.