Carte d'identité
1859
Naissance le 20 octobre de John Dewey à Burlington (Vermont) ; il est fils de commerçant.
1879
Instituteur en Pennsylvannie et dans le Vermont.
1884
Docteur en philosophie avec une thèse sur la " psychologie de Kant ".
1889
Directeur du département de philosophiede l'Université du Michigan.
1894
Professeur à l'Université de Chicago.
1897
Mon credo pédagogique (My pedagogic Credo), trad. Ou Tsui Chen, Paris, Vrin, 1931; réed., 1958.
1904
Professeur à l'Université de Columbia.
1915
Les Ecoles de demain (Schools of tomorrow), trad ; R.Duthi, Paris, Flammarion, 1931.
1916
Democratie et Education (democracy and Education), G.Deledalle, Paris, Armand Colin, 1975.
1952
Mort le 1er juin à New York.
Une pédagogie au service de la démocratie
Ses études, faites à l’Université de Vermont, lui permettent, outre une spécialisation en philosophie et en sociologie,d’entreprendre des recherches en pédagogie. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat en 1884, il est nommé professeur à l’Université de Michigan, de 1889 à 1894, avant d’exercer, de 1894 à 1904, à l’Université de Chicago. L’École Dewey, fondée en ces lieux, servira à l’application des méthodes préconisées dans ses nombreux écrits. Le poste, qu’il occupera dès 1904 à l'Université de Columbia, sera conservé jusqu’à sa retraite. Toutefois l’universitaire, homme de son temps, prend part à tous les combats sociaux. Sa pensée libérale, proche du peuple, le conduit à la présidence du People’s Lobby, et, parallèlement, à devenir membre fondateur du Syndicat des enseignants (Teacher’s Union). Mais il se présente aussi comme un ardent défenseur du droit de vote des femmes, et soutient, aux élections présidentielles, les candidats progressistes que sont Wilson et Norman Thomas. On le voit également intervenir en faveur de Sacco et Vanzetti, se rendre au Japon, en Turquie, au Mexique, en Union soviétique et en Chine pour y encourager les mouvements réformateurs, puis, en 1937, présider la commission d’enquête sur le procès Trotsky.
John Dewey s’est rendu célèbre dans les années 1920-30 en analysant à nouveaux frais la situation des élèves au sein des établissements scolaires. Selon lui, l’attitude négative de la plupart des élèves envers l’institution tenait son origine dans les méthodes éducatives employées, à la fois trop strictes, autoritaires et indifférentes aux expériences particulières de chacun. Plutôt que d’imposer de l’extérieur un système normatif, la pédagogie doit s’orienter en fonction des désirs et possibilités d’action de l’enfant. En cela, Dewey demeure le « Père » de l’éducation progressive dont l’influence a tant marqué le XXe siècle. Cependant, il ne préconise aucun laisser-aller, car il demande aux enseignants de tirer le meilleur parti des programmes scolaires en rapportant leur contenu aux intérêts, habitudes et capacités des différents élèves.Chacun d’entre eux doit être considéré comme un individu susceptible d’apporter sa propre contribution à la société dans laquelle il aura à s’insérer ; mais cela exige au préalable la reconnaissance de dispositions intellectuelles et émotionnelles distinctes.
L’enseignement démocratique n’est pas celui qui met l’élève et l’enseignant sur un même pied d’égalité. Son objectif est de permettre aux élèves de se forger une personnalité en recevant, dans le groupe classe,les bases de la sociabilité. Et l’enseignement des cours réclame l’existence d’un encadrement et d’une discipline qui les préservent des aléas de l’autoritarisme et de l’anarchisme, c’est-à-dire du caprice des uns et des autres. Nous devons comprendre la façon dont les individus parviennent à avoir d’authentiques expériences pour concevoir un enseignement efficace. Aux yeux de Dewey, cette expérience répond d’une part à l’idée de continuité. En effet, les êtres humains ont la possibilité de rapporter leur vécu à la série des événements qui se succèdent, et, partant, d’exercer une influence sur leur destinée. Or cette plasticité ou capacité de s’adapter à son environnement est encore plus marquée chez l’enfant qui ressent fortement son état de dépendance. L’éducation suppose donc une gradation entre les expériences, et la prise de conscience, chez l’élève, de la nécessité du regard critique, libre et positif.
L’Ecole mise en place par Dewey reste une place privilégiée où s’élaborent, d’une façon relativement autonome, des formes de vie sociale répondant aux projets éducatifs des enseignants. De l’enseignement sont exclus les cours magistraux, les exercices au tableau, l’apprentissage par coeur et la récitation. Les activités manuelles ou empiriques qui s’y trouvent développées donnent à l’enfant la possibilité de se consacrer à une « occupation », qui « reproduit un type de travail exercé dans la vie sociale ou lui est parallèle » (L’école et la société, 1899). Ici l’éducateur intervient comme médiateur entre la volonté individuelle et la volonté collective. L’objectif principal vise le développement d’activités constructives établies en contact avec la nature, et suivant une orientation à caractère sociétal.Pour parvenir à ce résultat, les élèves sont orientés vers des tâches dont le degré de complexité augmente progressivement en fonction de l’âge. Si les plus jeunes (entre 4 et 5 ans) reprennent les occupations observées dans leur environnement familial ou de voisinage, comme la couture, la cuisine ou la menuiserie,ceux de 6 ans ont la possibilité de cultiver du coton ou du blé, de le récolter et de le transformer,pour ensuite le vendre sur les marchés. A 7 ans, ils investissent des cavernes, afin d’y reproduire, avec leurs propres moyens, les conditions de vie des hommes préhistoriques. Cependant l’histoire et la géographie, qui représentent une part importante du programme, demeurent, jusqu’à l’âge de 13 ans, moins traitées que les questions scientifiques touchant l’anatomie, l’électromagnétisme, ou bien encore la photographie.