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PROTAGORAS

 
PROTAGORAS (492 av.J.-C -422 av.J.-C)
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Carte d'identité

492 av. J.-C.
Naissance à Abdère en Thrace sur la mer Egée dans une famille d'extraction modeste. Exerce un métir manuel.
Professeur itinérant, il fait plusieurs séjours à Athènes et va jusqu'en Sicile.
Il est choisi par Périclès, son ami, démocrate comme lui, pour établir la constitution de Thurium, une colonie fondée par les Grecs en Calabre.
A droit à un procés à Athènes pour impiété : il est invité à quitter Athènes et ses ouvrages sont brûlés en place publique.
Vers 422 av. J.-C.
Il meurt après quarante années d'enseignement.
 
Le maître de la manipulation du langage

Photo de ProtagorasProfesseur itinérant, Protagoras est un maître de la manipulation  du langage. Il est le premier à inventer de répondre aux questions contre salaire : il inaugure les leçons publiques et codifie même l'estimation de ses honoraires. Par son enseignement, il entend former de futurs citoyens et revendique hautement son titre d'éducateur.

Il ne nous reste que quelques fragments de l'oeuvre de Protagoras dont on connaît certains titres : Antilogies (arguments pour et contre), La vérité ou les renversements (discours démolisseurs). Nous le connaissons à travers Platon qui le critique et le condamne. Protagoras se veut sophiste. Le sophos est d'abord un homme habile, un savant et un sage, un professionnel de la sophia, un maître de la compétence. Le sophiste est bien le premier éducateur de métier. Méprisé par les traditionalistes, suspect aux conservateurs, écrasé par Platon et Aristote, le sophiste a soulevé l'admiration des foules et fait courir vers lui toute une jeunesse dorée en quête d'instruments de réussite sociale, en particulier par la prise de la parole. Décrié pendant des siècles, sa réhabilitation est en cours.
 

Platon fait dire à Protagoras : " Je revendique ma qualité de sophiste et ma fonction d'apporter aux hommes la culture ". Ainsi Protagoras prétend se distinguer des éducateurs traditionnels de la cité (Homère, Hésiode, etc...) et insiste sur l'importance qu'il accorde à la démarche éducative. Pourquoi y tenir autant ? Parce que l'éducation est capitale pour le devenir de l'homme.

C'est chez Protagoras, selon Platon, que l'on trouve le célèbre mythe d'Epiméthée et de Prométhée, source de la nécessité éducative. Quand les dieux modelèrent les espèces mortelles en mêlant la terre et le feu, ils confièrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer à chacune les facultés qui convenaient avant de les laisser aller à la lumière.

 Epiméthée, après avoir persuadé son frère de lui laisser faire le travail, distribua les facultés en répartissant les forces et les faiblesses de façon à éviter l'extinction de chacune. Manquant d'instruction, de sophia, Epiméthée gaspilla les facultés en faveur des espèces privées de raison. Tant et si bien que l'espèce humaine se retrouva dépourvue d'avantages. Prométhée, chargé de l'inspection, vit tout de suite que l'humanité, elle, se retrouvait sans chaussures, sans lit et sans armes. Il déroba alors la science artiste à Héphaïstos et à Athéna (qui la pratiquaient clandestinement), ainsi que le feu, et il en fit don aux hommes.

 Zeus punit Prométhée pour vol, mais les hommes, eux purent compenser leur nature déficiente grâce aux outils techniques, à condition que l'éducation assure la transmission et la réappropriation par chacun de ces outils.

 Protagoras parle bien des avoirs techniques. Il renvoie en fait dos à dos les tenants de l'antique paideia (ceux qui vont chercher leurs leçons dans l'Iliade et l'Odyssée) et ceux qui enferment l'enseignement dans des arts spécialisés (comme le calcul, l'astronomie, la géométrie, la musique). Il ne veut avoir en vue que des savoirs d'utilité qui doivent permettre la bonne délibération dans les affaires privées (gérer son propre bien) et dans les affaires publiques (agir et parler avec le plus d'efficience).