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Octobre 2010 - ''Ils ne lisent plus...''

 
Octobre 2010 - « Ils ne lisent plus... »

C’est le triste constat de ce début de siècle. Le déclin qui s’était amorcé dans les années 80 et 90 se poursuit inexorablement d’année en année (études, rapports et statistiques à l’appui) et tend même à s’accentuer. Si les filles sont près d’un tiers aujourd’hui à préférer allumer une console de jeu ou un ordinateur, elles continuent néanmoins à se consacrer à la lecture dans leurs temps de loisirs. En revanche, le nombre de garçons qui n’ouvre jamais un livre augmente de façon inquiétante.

D’après les statistiques, sans parler de difficultés particulières, les garçons, dès le CP, sont moins performants que les filles en lecture. A neuf ans, ils disent n’avoir aucun intérêt pour les livres, et lors de l’entrée en 6e beaucoup avouent que les seuls ouvrages qu’ils feuillettent sont des bandes dessinées. Souvent étiquetés « Lecteurs médiocres », plus par manque de pratique que par difficulté réelle, ces mêmes élèves affirment ne lire que parce que l’enseignant les y oblige. Leurs uniques lectures sont donc des lectures « scolaires » et non de loisirs.
Mais le phénomène est le même chez les autres, ceux qui sont assimilés comme « Bon lecteurs » ... Eux-aussi gonflent désormais les statistiques des non-lecteurs. Outre le fait que ces adolescents préfèrent des activités ludiques et sans effort (jeux vidéo, télévision, internet, etc.), deux autres raisons apparaissent.

La première relève de la transmission parents-enfants qui a profondément changé. « Lorsqu’il y a des livres à la maison, lorsque les parents lisent, alors les enfants lisent aussi. »Traditionnellement, les jeunes issus de milieux sociaux favorisés étaient incités dès leur plus jeune âge à découvrir les plaisirs de la lecture auprès de mères au foyer attentives à développer chez eux la curiosité, l’envie de découvrir et d’apprendre. Dans un de ses articles, François de Closets a fort bien expliqué le phénomène. Parlant de la première moitié du XXe siècle, il écrit : « L’enseignement secondaire était, pour l’essentiel, réservé aux enfants de la bourgeoisie. Le professeur de lettres s’adressait à des élèves qui étaient imprégnés de culture littéraire. Les classes, de nos jours, sont pleines d’adolescents qui n’ont reçu aucune initiation (…) Hier encore réservé à une minorité, l’enseignement secondaire est devenu l’école pour tous. Pour le professeur de lettres, ce sont les fondations qu’il faut poser sur un sol désertique peu préparé à les accueillir. (…) La crispation sur le rituel scolaire des années 50 n’est plus tenable, car elle implique une coopération de l’école et de la famille qui n’existe plus : aujourd’hui la première doit suppléer, voire remplacer la seconde ».
Le monde des adultes a profondément changé. La semaine défile au pas de course, les mères travaillent, les enfants sont laissés à l’étude ou confiés à la garde d’une nounou. Le mercredi, c’est le centre de loisirs ou les activités sportives, le samedi est consacré aux courses… Et le dimanche ? Comme leur progéniture, les parents ont besoin de souffler et de s’adonner à des activités « faciles ». Dès lors, il y a peu ou pas de temps pour la lecture et par conséquent, aucune incitation pour les enfants. Une charge de plus qui incombe désormais aux enseignants !

La seconde raison, quant à elle met en avant un phénomène plus sournois : celui de l’influence du groupe d’adolescents dans lequel les garçons évoluent. Pression qui ne s’exerce pas sur les filles…
Dominique Pasquier, sociologue, auteure d’une étude sur les cultures lycéennes explique que : « (…) les garçons, même issus des milieux les plus favorisés, ne lisent plus pour peu qu’ils soient confrontés à la mixité sociale. Des garçons lecteurs, il y en a. Dans les lycées des centres-villes où sont réunis les enfants des élites sociales et intellectuelles. Partout ailleurs, la tyrannie des pairs détourne les garçons de la lecture. Au fur et à mesure que l’autonomie relationnelle des adolescents gagne du terrain et que l’autorité parentale perd son emprise, les garçons se mettent à subir une autre loi, celle de groupes de jeunes de leur âge qui imposent leurs codes et leur culture. Pour un garçon qui voudrait revendiquer son goût de lire, la pression serait trop forte et la marginalité inévitable. À ce titre, il est manifeste que la discrimination sexuelle est plus marquée que la discrimination sociale. »

Se pose alors la question du choix des lectures imposées à l’Ecole, jugées ennuyeuses et la plupart du temps incompréhensibles… Comment susciter chez les élèves le moindre intérêt pour les livres alors que les textes qui leur sont proposés ne les touchent pas, pire, se situent à des années-lumière de leurs préoccupations. On connaît le succès d’ouvrages tels Harry Potter ou Twilight : la solution ne serait-elle pas de commencer au collège par des lectures faciles, plaisantes, en rapport avec leurs centre d’intérêt, et une fois le plaisir de lire installé, d’évoluer peu à peu vers des œuvre plus classiques ? Et pour citer de nouveau François de Closets : « Cela  n’empêchera pas la fille d’agrégé de faire Normale Sup, mais cela permettra au fils de l’électricien d’aimer la poésie qu’ignore son père.»

Caroline Proust